Santé mentale des femmes : lever les tabous, accélérer l’innovation
- 24 mars
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Dernière mise à jour : 26 mars

Nous avons organisé le 13 mars une matinée dédiée à la santé mentale des femmes à l’Hôtel-Dieu avec l’objectif de rassembler l’écosystème pour mieux comprendre les spécificités de la santé mentale au féminin et mettre en lumière les innovations qui peuvent améliorer la prise en charge.
Professionnel·les de santé, chercheurs·ses, entrepreneur·es, investisseur·es, institutions et associations étaient réunis pour échanger autour de ce sujet encore trop souvent invisibilisé. Retour sur les temps forts de cette matinée.
La santé mentale des femmes : un enjeu politique et de santé publique
L’événement s’est ouvert avec les interventions de Nicolas Castoldi, directeur délégué auprès du directeur général de l’AP-HP, et de Marie-Pierre Rixain, députée de l’Essonne.
Nicolas Castoldi a rappelé l’importance du partenariat entre l’AP-HP et Femtech France, qui permet de faire progresser la prise en compte de la santé des femmes au sein de l’Assistance Publique. L’enjeu, selon lui, est désormais d’aller plus loin : non seulement ouvrir la voie, mais surtout mettre en place des solutions concrètes pour permettre aux innovations d’intégrer durablement les parcours de soins.
Marie-Pierre Rixain a quant à elle souligné que la santé mentale des femmes reflète souvent les inégalités structurelles auxquelles elles sont confrontées. Les femmes sont aujourd’hui deux fois plus touchées par la dépression, une réalité étroitement liée à la charge mentale, aux inégalités économiques ou encore à certaines formes d’isolement social. Elle a également évoqué le manque d’accompagnement autour de la ménopause, encore trop souvent réduite à des fluctuations hormonales alors qu’elle peut s’accompagner de profondes transformations sociales et identitaires.
Santé mentale, un pan sous-exploité dans le secteur de la Femtech
Nos deux cofondatrices, Juliette Mauro et Delphine Moulu, ont ensuite introduit la matinée en rappelant les trois missions de Femtech France :
accompagner les entrepreneur·es qui innovent en santé des femmes,
fédérer l’écosystème (laboratoires pharmaceutiques, hôpitaux, assureurs, hôpitaux, etc.),
mobiliser des financements publics et privés pour accélérer le développement du secteur.
La Femtech désigne l’ensemble des innovations dédiées à la santé des femmes, un secteur en forte croissance en France et à l’international. Pourtant, la santé mentale reste encore relativement peu adressée par les startups en France, contrairement à ce que l’on observe dans d’autres pays comme les États-Unis. Un constat qui souligne le potentiel d’innovation sur ce sujet.
Les startups qui innovent pour mieux détecter et accompagner
Deux entrepreneures membres de notre collectif sont venues présenter leurs solutions pour améliorer le diagnostic et la prise en charge.
Nour Hakiki, cofondatrice de Dalia, développe une approche basée sur le phénotypage numérique. Grâce aux données issues de dispositifs connectés, l’application permet de suivre l’évolution de la santé mentale des patientes à partir d’indicateurs cliniques validés (comme le score PHQ-9) qui mesure la sévérité de la dépression. L’application permet notamment de détecter précocement la dépression post-partum, qui touche environ 20 % des femmes, dont la moitié ne sont pas diagnostiquées. Là où l’évaluation de l’efficacité d’un traitement peut prendre jusqu’à deux ans, l’algorithme de Dalia permet d’obtenir des indications en quelques semaines seulement.
De son côté, Fanny Prigent, fondatrice de Nook, s’attaque à un autre angle mort : les traumatismes liés aux violences sexuelles subies dans l’enfance. En France, 5,4 millions de personnes ont été victimes de violences sexuelles durant l’enfance ou l’adolescence, dont 76 % de femmes. La plateforme Nook propose un parcours de soins spécialisé pour le psychotraumatisme complexe, structuré en modules de trois mois sur une durée totale de trois ans. L’objectif : rendre l’accompagnement par des experts du psychotrauma plus accessible et plus structuré pour améliorer l’efficacité de la prise en charge.
Addictions : comprendre les spécificités féminines
La première table ronde a exploré les spécificités des addictions chez les femmes, avec le psychiatre Jean-Victor Blanc, l’autrice Charlotte Peyronnet, et Nicolas Gueugnier, fondateur de la clinique d’addictologie en ligne EOS.
Jean-Victor Blanc a rappelé que si les femmes présentent globalement moins d’addictions que les hommes, certaines formes sont particulièrement féminisées, notamment la dépendance aux médicaments. Les normes sociales jouent également un rôle important : la consommation d’alcool reste beaucoup moins acceptée chez les femmes, ce qui peut constituer un frein à l’accès aux soins.
Charlotte Peyronnet, autrice de Et toi, pourquoi tu bois ?, a partagé son expérience personnelle et la stigmatisation sociale entourant la consommation d’alcool chez les femmes. Cette pression sociale peut entraîner un sentiment de honte et encourager le déni, retardant la prise en charge. Elle a notamment expliqué que son alcoolisme n’avait pas été identifié immédiatement, sa consommation n’ayant pas été questionnée lors de ses premières consultations pour dépression.
Nicolas Gueugnier a présenté EOS, première clinique d’addictologie en ligne certifiée en France. Il a partagé plusieurs observations issues de leur pratique : alors que les femmes représentent habituellement environ 20 % des patient·es dans les parcours de soins liés à l’alcool, elles sont 40 % chez EOS. Selon lui, les formats de soins digitaux répondent mieux à certaines contraintes qui freinent l’accès des femmes aux structures traditionnelles. L’équipe observe également des différences dans l’entrée dans les soins : les femmes ont tendance à s’engager plus rapidement dans un accompagnement, tandis que beaucoup d’hommes préfèrent d’abord tenter de s’en sortir seuls avant de demander de l’aide.
Dépression : démêler le social et le biologique
La matinée s’est poursuivie avec l’enregistrement en direct du podcast Folie Douce, animé par Lauren Bastide, avec la psychiatre Lucie Joly (AP-HP).
Les échanges ont permis de rappeler que les femmes sont deux fois plus à risque de dépression que les hommes, qu’il s’agit d’une maladie complexe, loin d’être une simple tristesse. Elle résulte d’une combinaison de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.
Lucie Joly a également évoqué les limites d’une médecine longtemps pensée comme « unisexe », qui a contribué à invisibiliser certaines spécificités féminines. Les femmes présentent par exemple davantage de sensibilité aux variations hormonales ou saisonnières, mais les traitements et les protocoles restent encore souvent conçus sur des bases masculines.
Elle a également abordé la neuroplasticité cérébrale, en expliquant que le cerveau évolue tout au long de la vie en fonction des expériences vécues. Les recherches en imagerie cérébrale montrent par exemple que certaines transformations liées à la maternité sont visibles dans le cerveau : il est aujourd’hui possible d’identifier si une femme a eu des enfants (et même combien !) en observant certaines structures cérébrales.
Enfin, elle a rappelé que certaines formes de dépression spécifiques aux femmes restent encore insuffisamment reconnues. Par exemple, la dépression post-partum n’est pas toujours clairement identifiée dans certaines classifications internationales, ce qui illustre les retards persistants dans la prise en compte de la santé mentale des femmes.
Recherche : combler les angles morts
La dernière table ronde était consacrée à la recherche scientifique, avec Héloïse Onumba-Bessonnet de l’association LOBA et la Pr Anouck Amestoy (CH Charles Perrens), directrice du Centre d’excellence pour les troubles du neurodéveloppement de Bordeaux.
Héloïse Onumba-Bessonnet a rappelé l’importance d’intégrer la dimension de genre dans la recherche en santé mentale pour mieux comprendre les expériences spécifiques des femmes. Elle a également présenté les travaux menés par LOBA autour de thérapies intégrant le corps, notamment à travers la danse, en partant du principe que les traumatismes s’inscrivent aussi dans le corps. Ces recherches visent à mieux comprendre comment certaines approches corporelles peuvent contribuer à la reconstruction psychique après des violences.
La Pr Anouck Amestoy s’est quant à elle intéressée au diagnostic de l’autisme chez les filles et les femmes. Les stéréotypes de genre influencent fortement la détection des troubles : les petites filles apprennent souvent à compenser leurs difficultés sociales, ce qui rend les symptômes moins visibles. Résultat : de nombreuses femmes sont diagnostiquées tardivement à l’âge adulte, ce qui peut entraîner un profond questionnement identitaire. Elle a également rappelé la vulnérabilité accrue des femmes neuroatypiques aux violences sexuelles, soulignant l’importance de la prévention.
Une matinée riche en échanges pour faire avancer la santé mentale féminine
Avec plus de 100 participant·es réuni·es, 11 intervenant·es et des échanges particulièrement riches pendant le café de networking, cette matinée a confirmé l’importance de créer des espaces de dialogue pour faire avancer la santé mentale des femmes. Les discussions ont montré à quel point les besoins restent importants, mais aussi combien les initiatives et les innovations se multiplient pour mieux comprendre et accompagner ces enjeux.
Nous avons également organisé un bootcamp sur la santé mentale des femmes, qui a permis d’accompagner des entrepreneur·es dans le développement de solutions innovantes pour ce domaine. Forts de cette expérience, nous allons lancer un nouveau bootcamp cette année, avec le soutien de la Fondation Sisley d’Ornano, pour continuer à soutenir les porteur·ses de projets qui souhaitent s’attaquer à ces sujets essentiels.
Nous vous donnons maintenant rendez-vous pour notre prochain temps fort : le salon SantExpo du 19 au 21 mai à Paris Expo Porte de Versailles où nous serons présentes avec un pavillon dédié aux innovations en santé des femmes.

















